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Entre 2 et 4 % des
Français en souffriraient. Pourtant, cette maladie n'est pas encore reconnue par la majorité des médecins. Deux spécialistes de la douleur en parlent.
Serge Marchand est spécialiste de la douleur. Chercheur à l'université de Sherbrooke (Canada), il est directeur de la chaire de recherche sur la douleur. Dominique Baron est rhumatologue et médecin de la douleur au centre de rééducation de Trestel (Côtes-d'Armor). Ils sont intervenus hier lors de la conférence « Fibromyalgie : maladie du stress chronique », à la faculté de médecine.
Qu'est-ce que la fibromyalgie ?
- Serge Marchand. C'est un état douloureux chronique, qui se définit par des douleurs partout. Souvent cela débute par une douleur localisée. Par exemple, un patient a été victime d'un coup du lapin. Il peut développer ensuite une fibromyalgie.
- Dominique Baron. Le système nerveux de ces patients est hyperactif, leur mécanique de freinage de la douleur semble être déficitaire. Chez le fibromyalgique, toutes les informations arrivent avec le même degré d'urgence. Quelque chose de non-douloureux peut donc le devenir. C'est comme une tempête.
Certaines catégories de personnes en souffrent-elles plus que d'autres ?
- Dominique Baron. Entre 2 et 4 % de la
population française en souffrent. Ce sont en général des personnes très sensibles, empathiques, qui ont un travail souvent axé sur l'humain, la relation avec l'autre. Dans leur parcours, on
trouve aussi un élément déclencheur, qui a pu être une violence physique, un viol ou des attouchements. Cela peut aussi se déclencher après une opération chirurgicale. Parmi nos patients, il y
a environ neuf femmes pour un homme. Nous avons comme hypothèse qu'il y aurait une action des hormones sexuelles, l'oestrogène et la progestérone. Tous les âges sont concernés, mais les
patients ont le plus souvent entre 40 et 60 ans.
Quels sont les symptômes ?
- Serge Marchand. Il y a trois grands axes : la douleur, la fatigue, et le psychosocial. Cette maladie provoque de l'anxiété, des troubles de l'humeur et de la concentration, ou encore des troubles gastro-intestinaux. Les personnes sont aussi très fatiguées, et peinent à faire des mouvements.
- Dominique Baron. Il faut alors axer sur une réadaptation à l'effort, refaire des mouvements. Quelques médicaments sont efficaces, comme les antiépileptiques, mais aussi des antidépresseurs, qui sont des analgésiques. Mais les médicaments ne sont que secondaires dans le traitement de cette maladie.
Les malades ont des difficultés à vivre normalement ?
- Serge Marchand. Chaque mouvement leur coûte et est douloureux. Mais le plus difficile à vivre, c'est de ne pas être cru quand on dit qu'on a mal. Des personnes me disent : « Je souffre le martyr, mais je vois dans les yeux des gens qu'ils ne me croient pas. Ils disent que je suis folle. »
Cette maladie n'est pas reconnue ?
- Dominique Baron. Contrairement à une fracture, ces douleurs chroniques sont invisibles, donc difficiles à identifier. Les médecins généralistes disent que les patients ont des troubles psychologiques. Mais il n'y a aucun élément clinique ou physique qui permet de dire que c'est ça, et pas autre chose. La France cartésienne a donc du mal à y croire, alors qu'en Amérique du Nord, c'est mieux accepté.
- Serge Marchand. Il y a dix ans, c'était un combat très lourd. La reconnaissance de la fibromyalgie évolue. On peut comparer ce mal à la migraine, qui est douloureuse mais pas visible aux radios. C'est exactement pareil pour la fibromyalgie, sauf que la douleur est généralisée.
Naëlle LE MOAL.